Le dictionnaire : la référence ?


À quoi sert un dictionnaire : à y ranger des mots dans un certain ordre pour les retrouver et pour en maîtriser leur(s) orthographies(s) et leur(s) définition(s), et parfois plus, y compris pour caler des armoires chippendale (adjectif invariable) ou normandes (météo variable). Et il y a en a, des mots, des anciens, des peu usités, des démodés, des ringards, des nuls, des pas beaux, des super chouettes, des tordus, des gros, des sales… Bref, il suffit de lire sa propre définition dans lui-même pour savoir à quoi il sert : ouvrage didactique constitué par un ensemble d’articles dont l’entrée constitue un mot, indépendants les uns des autres et rangés dans un ordre déterminé, le plus souvent alphabétique. (Abréviation familière : dico.). Merci à LaRousse et à ses Robert !

Et puis des nouveaux, nés d’un esprit qui a fait écho, y logent : le mot entre dans le dictionnaire comme on entre au Panthéon, là où il y a tous les Dieux, comme son étymologie l’indique. Et puis si le mot s’évanouit, s’il s’éteint, s’il meurt, alors on l’enterre, mais ailleurs, en petites pompes… Quelle belle vie quand même, mais quelle triste fin pourtant ! Et comme nous, il ne sait quand et où la Grande Effaceuse viendra lui donner un coup de gomme. Fin.

On le fait entrer ? On le fait sortir ? Mais qui est ce on, à part ce que l’on sait ? Est-ce une autorité supérieure, une sorte de dictateur, d’empereur, de beau parleur ? En tout cas, quel pouvoir il a, ce on puisque nous l’écoutons, pardon, nous le lisons ? Pire, nous lui obéissons, à ce on !

En fait, il n’est rien de tout cela, on : il n’est que les équipes du Larousse, du Robert et des autres qui ont décidé que puisqu’on l’entendait trop, il fallait le graver, et puisqu’on ne l’entendait plus, il fallait le supprimer des listes. On oublie juste que les mots n’appartiennent à personne, car ils appartiennent à tout le monde ! Qu’un mot soit ou ne soit pas dans un de ces/leurs dictionnaires ne veut pas dire qu’il existe ou qu’il n’existe pas ou plus. C’est juste que ces éditeurs — dont le but est lucratif — n’ont fait qu’un recensement du langage usuel, écrit et oral, pour vendre leurs ouvrages particulièrement utiles et gagner des sous ! Ils ne sont pas LA référence de la langue, mais une référence, un instantané et une photo d’une époque, rien de plus. On ne peut pas leur en vouloir de ne pas tout mettre dans leur petite édition, c’est un vrai métier qui prend de l’espace et du temps : regardez l’Académie française qui n’en est qu’à la neuvième édition de son dictionnaire (la première datant de 1694), entamé au milieu du XXe siècle. Ceux qui le finiront ne sont pas ceux qui l’avaient commencé ! Et pour tout y trouver, il existe des versions en plusieurs tomes et tonnes ! Renforcez vos étagères…

On leur donne plus d’importance qu’ils en ont, comme s’ils étaient un Code du Bien Écrire, dont les sanctions seraient lourdes en cas de mauvais traitement de textes. Récemment, on a pu lire dans le journal qu’un groupe d’élèves toulousain allait demander au Président de notre République à nous que le mot « chocolatine » y trouve sa pleine place, faisant fondre ainsi mon « pain au chocolat » d’antan. Même lui, tout là-haut, n’a aucun pouvoir de vie ou de mort sur un mot. Parfois, il en invente, et c’est le peuple qui à force de les utiliser leur donne vie : on se souvient du retour fracassant de « abracadabrantesque » avec J. C. et de la fameuse « bravitude » de S. R. qui a eu son heure de gloire et de bravoure. Et puis, on se trompe, comme dans celui de l’Académie française qui, en 1935, préféra utiliser « ph » pour écrire « nénufar » ! Vous voyez la panique aujourd’hui avec la fameuse réforme — le mot juste et réel est rectification — de la langue française, remise dernièrement sur le tapis, et que j’aborderai dans un prochain article.

Alors quand on vous dira : « Ton mot, il n’est pas dans le dictionnaire », vous pourrez répondre avec malice : « Oui, et alors ? Il est dans ma vie, je l’aime et c’est le plus important !».


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Article écrit le 28 février 2017
Auteur : Thierry BRAYER, Écrivain, Coach en écriture



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