Je suis pour la « fameuse réforme » de l’orthographe !


JESUISPASCIRCONFLEXECe que tout le monde nomme sur les réseaux sociaux « réforme de la langue française de février 2016 » est en réalité l’application de la « rectification de l’orthographe de 1990 », initiée par Michel Rocard, afin de régulariser certaines anomalies et de simplifier des orthographies casse-tête et parfois sans logique. Donc, il est un peu tard pour réagir, mais visiblement pas trop pour certains ! Deux mille quatre cents mots environ, et seulement, sont (re)touchés : un dictionnaire comptant plus de soixante mille mots… Ce n’est donc pas une réforme ainsi qu’on peut l’entendre, mais bien une rectification et une remise à haut niveau de notre langue : enfin, on la nivelle vers le haut !

Simplifier, régulariser, harmoniser n’est pas abêtifier !

Cette rectification est reconnue depuis cette année-là et même des logiciels comme Word ou Antidote la pratiquent à votre insu. D’ailleurs, Word ne tranche pas vraiment et accepte les deux orthographies par défaut, c’est à dire traditionnelle et rectifiée : vérifiez donc vos paramètres car vous appliquez peut-être déjà cette « réforme » sans le savoir !

Le tollé apparent de ces jours-ci est dû à des personnes qui jugent sans avoir même lu les bons ou mauvais fondements de cette rectification. Pour savoir bien écrire, pourtant, il est important de bien savoir lire.

Pire, ces personnes ne savent même pas que « Nénuphar » avec PH est une erreur commise par les académiciens eux-mêmes, donnant une origine grecque à ce mot alors qu’il est d’origine arabe. Avant les années 30, il s’écrivait correctement « Nénufar » : regardez donc vos vieux dictionnaires ! Notez que seul ce PH devient F, dans les autres mots, il perdure tel quel. L’accent circonflexe a une longue histoire, et de ce fait, personne, et rien dans cette « réforme », ne le supprime en totalité, contrairement à ce qui est avancé. « Sur » et « sûr », « jeune » et « jeûne », « mur » et « mûr » perdurent aussi. En clair, de nombreuses anomalies sont corrigées, mais encore faut-il le lire, ce « vieux » texte, pour savoir ce qu’il va se passer, et ne pas se passer !

Peu importe, une information est donnée succinctement et déjà des pétitions circulent pour annuler, pour annuler, mais pour annuler quoi, puisque cela existe déjà ? Laissons « cette imbécillité » avec deux L aux « imbéciles » avec un seul, puisque cela semble leur plaire et ne leur poser aucune difficulté.

On a dit : les anomalies rendent la langue plus belle. Je réponds que ceux qui ont créé ces anomalies n’aimaient décidément pas la langue française et ont largement contribué à son nivellement par le bas, car « faute commise devient règle admise ».

Cette rectification remet en place la vraie beauté de notre langue en enterrant ceux qui l’ont blessée. Et s’il le faut, j’essaierai d’ajouter un peu de terre.

Et dans cinquante ans, on dira : ah, ce langage SMS qui a pris le pas sur notre langue, si on le supprimait pour revenir à notre langue des années 2000 ? Et tout le monde sera d’accord ! Aujourd’hui, cette rectification dit : ah, ces fautes installées depuis cinquante ans, si on les supprimait ? Et personne n’est content ? Étonnant, non ?

Je suis un fervent défenseur de ma langue, délégué régional de l’association nationale Défense Langue Française (mais je m’exprime à titre personnel), coach en écriture, formateur en langue française et en orthographe-grammaire-conjugaison, conférencier, écrivain, blogueur et j’en passe, et je suis le premier à crier lorsque nombre de Français la maltraitent (voir mon site www.lalanguedemoliere.fr sur cette maltraitance : plus de six cents perles inédites !).

Mais là, je trouve qu’on la chouchoute…

Et il était temps !

Thierry Brayer

THIERRY BRAYER 2015-P

www.ardemo.fr

En savoir plus ?

Le texte :
http://www.academie-francaise.fr/rectifications_1990.pdf

Une mise au point de l’Académie au 5 février 2016 :
http://www.academie-francaise.fr/actualites/lacademie-francaise-et-la-reforme-de-lorthographe

Un bon argumentaire du Nouvel Obs :
http://leplus.nouvelobs.com/10-raisons-de-ne-pas-y-etre-oppose

 

PS : en revanche, je suis CONTRE la féminisation à outrance des noms de métier ou de fonction et contre toutes les autres réformes de l’École, d’où qu’elles proviennent. L’Éducation nationale devrait être, selon moi, une instance indépendante des Politiques, comme la Justice, et travailler à très long terme sur des projets dont on pourrait un jour voir les résultats.


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ETONNANT-NON

Étonnant, non ?


Article écrit le 4 février 2016
Auteur : Thierry BRAYER, Écrivain, Coach en écriture



10 commentaires
  1. Pingback: Je suis pour la "fameuse" réforme de l'orthographe ! - FRANCOGRAPHIE

  2. Excellent !
    Enfin quelqu’un qui réfléchit avant de ruer dans les brancards à tout-va.
    Je suis enseignante et je vais afficher cet article dans la salle des profs…si son auteur m’y autorise bien sûr.
    Merci de défendre notre si belle langue dans ce qu’elle a d’authentique et de vouloir la réformer dans ses erreurs induites.

    De plus je suis bien d’accord que les réformes de l’école devraient être complètement détachées de tout pouvoir politique.

  3. Les pétitions, cher Thierry, veulent protester contre le fait que les instituteurs imposeront cette graphie révisée à leurs élèves. Il s’agit d’un acte « clivant », assez lourd de conséquences : les enfants ne penseront-ils pas que leurs parents sont en tort, les parents ne se sentiront-ils pas remis en question ? Les employeurs adeptes de la « nouvelle » graphie officielle, ne jugeront-ils pas certains candidats à l’embauche comme dépassés, pas assez adaptables ?… Alors qu’il suffisait de recommander la graphie évoluée en l’expliquant ; d’instaurer la tolérance absolue aux deux graphies (c’est déjà le cas, mais un peu de pédagogie ne nuit jamais) ; et de laisser faire le temps, ce grand maître… Imposer une évolution aux forceps n’est jamais bon, sauf lorsqu’il s’agit d’éthique ou d’égalité.

    • Bien sûr qu’imposer n’est jamais une bonne chose. Or, les pétitions qui circulent sont hors sujet : elle vont contre la « réforme » (rectification) et non pas contre sa mise en place, ce qui serait plus légitime !

  4. Nous n’avons pas lu les mêmes, mais cela n’a rien d’étonnant, il y en a tant !… Et il y aura toujours des personnes pour se tromper de combat.

  5. J’ai tout d’abord entendu des « conservateurs » s’exprimer contre cette réforme sans évoquer un seul argument ou un seul exemple justifiant leur prise de position. Par contre, ton article nous permet de découvrir cette fameuse réforme de l’académie française qui date de 1990.
    Enfin, l’écriture devient logique ! En 1993, un médecin belge présente une conférence à Lille sur un sujet qui passionne le public. Arrive l’instant où un ponte de l’université locale s’écrie : « Je trouve que notre conférencier de ce soir ferait bien de corriger ses diapositives en écrivant « pathologie aiguë » et non « pathologie aigüe » si il veut être digne de porter le titre de docteur en médecine ! »
    La réponse ne se fait pas attendre : « Professeur, je ne suis pas bègue (avec un « gue » phonétique à la fin) et je peux me muer en une bogue (avec un « gue » phonétique à la fin) d’une châtaigne (avec un accent circonflexe injustifié sur le « a »). Durant toutes mes études, j’ai posé le tréma sur le « u » et non le « e » de aigüe, car cela me permettait d’accentuer la prononciation du « u » ! »
    Ce jeune Belge, c’était moi et si j’avais su que cette réforme existait, ma défense en aurait été que plus pertinente.
    Alors, à ceux qui protestent contre cette réforme, je leurs dirais tout simplement que l’on m’a appris que contrairement au latin, qui est une langue morte, le français est une langue vivante. Cela signifie qu’elle évolue. Selon moi le rôle des académiciens ne se borne pas qu’à ajouter de nouveaux mots au dictionnaire, mais aussi à rectifier et à harmoniser les incohérences de certaines règles d’orthographe passées parsemées d’exceptions.
    Pour un étranger, amoureux de la langue française, cette réforme est belle. Elle est comme un joli nénufar. Sur le plan pondéral, la langue française devrait glisser sur l’eau comme le nénufar et non comme un nénuphar plus lourd et qui risque de la couler.
    Le Belge que je suis voudrait un jour comprendre pourquoi l’on prononce : « Au mess de la garnison de Metz, peu d’officiers se rendent à la messe préférant déguster de bon mets (sans prononciation du « ts »). »
    Pourquoi l’on se fout de moi quand je prononce le « t » de Metz ?
    Napoléon Bonaparte à gagner la bataille d’Austerlitz (avec la prononciation du « t ») et non celle d’Austerliz (sans « t »).
    La pire abomination du XXe siècle restera les camps d’extermination des Juifs à Auschwitz (avec la prononciation du « t »). On ne prononce pas Auschiz.
    Ce serait sympa de me donner une réponse

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